lundi 20 février 2012

Kawasaki VN 1700 Voyager Custom : Le côté obscur du bagger




 Kawasaki VN 1700 Voyager Custom : Premier essai
                                 Essai du millésime :  2011


L'an dernier, la Victory Cross Country venait lui voler dans les plumes : aujourd'hui la Harley-Davidson Street Glide voit surgir dans son couloir aérien un nouveau corbeau. Plus timide semble-t-il, cette belle anonyme n'a pas osé apposer sur son réservoir une signature jugée trop peu ostentatoire : nulle part n'est inscrit Kawasaki. Dès lors, nombre de motards se "casseront le nez" sur cette réplique de qualité à laquelle rien ne manque, où rien ne dépasse. Fioritures minimales, pare-brise symbolique et confort passager sacrifié : le modèle s'inscrit dans la mouvance bagger en s'affranchissant des artifices qui font l'attrait des grandes voyageuses, sans en renier totalement la filiation.
Evident pour flâner à 65 mph (105 km/h) dans le désert californien, l'argument de la bulle basse paraît moins recevable par le Parisien frileux, soumis au crachin hivernal. Mais l'Ile de France n'est pas le monde et le succès planétaire de la Street Glide a éveillé l'appétit du plus petit constructeur nippon, qui possédait la base idéale pour cette déclinaison. La Voyager Custom n'est autre que la 4ème version de la VN 1700, une vision "bad to the bone" de la voluptueuse Voyager au guidon de laquelle on se prend très vite pour un véritable "killer"... ou un policeman tenté par le côté obscur de la chose.

Sombre objet du désir


La nouvelle Kawa surprend à coup sûr le quidam. Son originalité revient d'abord aux laquages sombres, très en vogue dans l'automobile. Des jantes au twin, elle est habillée de noir, capotages de fourche - habituellement couleur aluminium - compris. Les designers ont par ailleurs retouché la carrosserie et l'aspect des carters moteur. Toujours pourvue d'un carénage "nez de cochon", la Voyager Custom a perdu ses phares additionnels en même temps que sa grande bulle. Les protections de jambes plus étroites, les caches mais surtout les sacoches redessinées et inamovibles, imitent les éléments Corbin habituellement réservés aux productions de Milwaukee. L'absence de top-case et la présence d'une selle passager franchement plus exigeante font que cette version très "inspirée" sacrifie le luxe tapageur au profit d'une vraie gueule... de méchante.

Hors-la-loi des temps modernes

La selle conducteur assez avancée sur le réservoir affiné verse, elle, dans le fauteuil : comme sur les autres VN 1700 ou leurs références américaines, le "King" est assis bas. Heureusement, les grandes branches du guidon facilitent un tant soit peu les manoeuvres à l'arrêt, que cette Custom à peine plus light (382 kg avec les pleins) qu'une Voyager n'a toujours pas d'aisées. Hing, hang... Une marche arrière électrique ne serait pas de refus ! Après quelques allers-retours, nous voilà face à la piste d'envol, ou plutôt à l'artère qui s'échappe de Saint-Tropez en direction des plages de Ramatuelle. Sous le soleil exactement ! Si la région n'abrite aucune highway à la mesure de la grosse Kawa, sa réputation vaut bien celle de la Bay Area, non ?
Comme souvent avec les gros tourers, le poids se fait oublier une fois en mouvement. Les pieds nonchalamment posés sur des platines à peine avancées, je suis le roi du pétrole ! Peu optimiste par expérience quant au confort des suspensions prévues pour des billards, j'évite les trous et fripures du goudron, bien conscient que le débattement limité des amortisseurs me renverra assez sèchement la lecture de la route. Le gros twin élevé à l'Euro3 distille un grondement discret pour sa cylindrée, mais significatif. Et surtout, même à très bas régime, il ne broute pratiquement pas. On n'arrête pas le progrès ! La transmission par courroie participe à cette sensation de douceur, confirmée par un très faible niveau de vibrations. Une drôle de moto de voyou...
Le sélecteur à double branche actionne une boîte à 6 rapports (le dernier en overdrive) précise, même si pas très rapide, concept oblige. Entre la citée corsaire et celle de Colobrière, capitale varoise de la châtaigne (n'y voyez aucune allusion), l'occasion ne sera pas donnée de pester contre le manque de protection haute qui laisserait sur autoroute,casque et nuque démunis face aux turpitudes d'Eole.

Le goût du sacrifice

A faible vitesse, l'abri du volumineux carénage suffit, d'autant qu'il offre à l'intérieur plus d'une occasion de se divertir. Le riche tableau de bord mêle avec délices les indications d'un Airbus au style d'une Caravelle. Mais on se rend vite compte qu'en roulant, le bruit d'air associé à celui de la radio (à laquelle on peut connecter un iPod), provoque un joyeux brouhaha. Quant à la sélection des stations par action sur l'un des trois poussoirs au commodo gauche, elle n'est pas facile avec des (gros) gants, contrairement à ce qui était annoncé.
Après ces considérations mesquines, reprenons notre route à bord du grand vaisseau furtif, dont le bicylindre en V exerce une poussée discrète, mais soutenue. Il est certain qu'un poum poum plus sonore aviverait les sensations ! Mais sachez qu'une (rare) Harley en pots homologués ne serait pas plus expressive. Pour mémoire, le Twin Cam 96 de 1 584 cm3 de la Street Glide développe 12,07 mkg à 3 400 tr/mn. Annoncés plus tonitruants, les chiffres du moteur Victory, en version européenne, sont encore assez flous. Sur la Kawa, les 13,7 mkg de couple culminent avec une belle humeur à 2 500 tr/mn. La suite n'est pas triste non plus. Le V-twin va en effet chercher 7 000 tr/mn au cadran sans exaltation, mais sans baisser les bras non plus.

Suivez le mode d'emploi

Probablement insuffisants aux yeux d'amateurs de sportives et roadsters hargneux, les 73 chevaux du moulin "à deux pales" laissent la possibilité de jouer sur route, d'autant que la partie cycle n'est pas ridicule pour sa classe. S'il ne faut pas trop bousculer le châssis en virage, sous peine de sentir le bitume agiter les platines et faire frissonner l'échine, il ne se désunira que dans les situations ultimes. Pas mal pour un "custom" !
Débutants attirés par les sirènes de ce style d'exception, n'allez croire pourtant que la conduite rapide d'un bestiau de tel calibre est un jeu à la portée de tous. La force, la maîtrise et l'anticipation des trajectoires sont toujours de mise : avis aux Valentino en herbe. En cas d'excès d'optimisme, les fautifs pourront toujours compter sur un freinage conséquent... pour la catégorie. Ralentissant la moto avec force et équilibre, la Kawasaki Coactive-Braking Technology (K-ACT) couple les freins des deux roues en y ajoutant l'ABS. La technologie, encore rare sur les machines du segment, qui souffrent parfois d'un freinage aléatoire, vaut d'être saluée.

Bilan : Un genre en devenir

Alors, l'appellation bagger peut-elle être appliquée aux productions du soleil levant ? Certainement. En ne commettant pas de faute de goût, Kawasaki hisse incontestablement la Voyager Custom au niveau de son modèle. Mais sera-ce suffisant pour déboulonner un mythe dont le seul patronyme vaut, c'est à peine croyable, 7 800 € de plus ? Rien n'est aussi incertain, d'autant que sur ce marché restreint, la Victory Cross Country avancera pour un prix intermédiaire (19 490 €) plus d'originalité que le bison de Kobé, sinon une meilleure aura ni un réseau affirmé. La guerre des baggers est donc ouverte, mais l'on peut tabler sans prendre trop de risques qu'en France, le champ de bataille comptera peu de combattants.
Par Philippe Chanin, photos Eric Célis
PlusMoins
  • fidèle au style originel
  • technologie moderne
  • tarif raisonnable
  • protection imparfaite
  • moindre aptitude au duo
  • consommation à vérifier

Kawasaki VN 1700 Classic Tourer, le tourer venu de l'Est

Le Maxitest Moto-Station compile vos avis et anecdotes sur tous les modèles de motos du marché. Et bien que relativement peu prisés sur le marché français, les customs japonais y sont largement représentés. Nous venons de valider le Maxitest d'un propriétaire de Kawasaki VN 1700 Classic Tourer, un "clone" de Harley-Davidson Road King qui - outre son tarif plus avantageux que la référence de Milwaukee - constitue un excellent choix pour qui veutr rouler "à l'Américaine" dans un confort de premier ordre. 
Confort - surtout en duo - et souplesse, sont ses qualités principales. Lourde à l'arrêt, son poids se fait totalement oublier dès les premiers tours de roue. Moto très agréable à conduire, dotée d'un freinage digne de ce nom, à laquelle on peut cependant reprocher une boite de vitesses un peu bruyante sur les premiers rapports. Moteur d'une souplesse exemplaire et d'une puissance suffisante pour ce type de moto. On peut rouler aux vitesses légales sans s'ennuyer.
Position de conduite naturelle, pieds pas trop en avant, le confort est royal pour le pilote comme pour le passager qui bénéficie d'un sissi-bar de bonne dimension. Les longs trajets se font sans fatigue. Les suspensions très souples perdent un peu de leur efficacité sur mauvais revêtements. Consommation raisonnable pour la cylindrée, avec une autonomie de 300 km avec la réserve en roulant cool. Les sacoches d'un bon volume permettent de partir en week-end avec le nécessaire. 

<<Très belle moto, bien finie, maniable, confortable, faite pour le duo et les longues trajets, cette moto me correspondait parfaitement. Certes, elle n'a pas le logo et le mythe d'une marque d'outre-Atlantique, n'aura pas la même cote à la revente, mais après avoir pu l'essayer et la comparer, elle n'a rien à leur envier, surtout coté tarif. Bref si c'était à refaire, je le referais.>>


source: http://www.moto-station.com/